Confession Vingt-Quatre


Juin 1934 : Le journal est mon kif, mon haschish, ma pipe d'opium. Ma drogue et mon vice. Au lieu d'écrire un roman je m'allonge avec un stylo et ce cahier, et je rêve, je me laisse aller aux reflets brisés, je quitte la réalité pour les images et les rêves qu'elle projette. La fièvre qui m'anime et me pousse sans répit ni détente pendant le jour fait place à l'improvisation, à la contemplation. J'ai besoin de revivre ma vie dans le rêve, le rêve est ma vraie vie. Je vois dans les échos qu'il renvoie les seules transfigurations qui gardent à l'émerveillement sa pureté. Sans quoi toute magie se perd, la vie révèle ses difformités, sa simplicité se change en rouille. Ma drogue. Elle recouvre tout d'un voile de fumée, elle transforme tout à la manière de la nuit. Il faut que tout ce qui est matériel soit ainsi fondu dans le creuset de mon vice car, sinon, la rouille de la vie ralentirait mon rythme pour en faire un sanglot.

Anais Nin, Journal


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